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Alors que l’on parle de plus en plus fort de la jeunesse, de son encadrement et de son nécessaire épanouissement, une rafle –c’est le mot– nous a réveillé samedi 24 mars de notre torpeur d’idéaliste rêveur. Car, faute de trouver du travail pour notre jeunesse, on peut encore et toujours solliciter sa contribution au budget de la défense, sous le couvert noble de son «devoir national». Il s’agit, ni plus ni moins, de donner, si vous avez la chance de tomber sur un boulot, presque tout votre salaire durant une année. Ou alors, si vous n’avez pas cette chance, de passer tout bonnement votre service militaire, ce qui, a contrario, grèvera les caisses de l’Etat durant une année. Allez chercher à comprendre cette logique kafkaïenne érigée en tabou, laquelle, la Tunisie étant un pays pacifiste, ne fera qu’apprendre le maniement des armes à des jeunes qu’on s’évertue à détourner du bellicisme et de la violence, qu’on craint de voir s’informer, via Internet, à propos du maniement des explosifs et qu’on aimerait priver même des feux d’artifices de l’Aïd. Ne pourrait-on pas, au contraire, faire un geste en direction de la jeunesse, en la rétablissant dans cette quiétude pour laquelle est réputé le modèle tunisien. Pourquoi le législateur s’est-il arrangé pour se mettre à dos 100% de nos jeunes en âge de travailler ou de se marier. Car si les garçons se partagent entre sans emploi, devant subir la galère de l’enrôlement, et travailleurs privés de salaire, leurs fiancées et soupirantes en souffrent dans les mêmes proportions et voient même parfois leur destin brisé par une malencontreuse année de jachère due au service militaire, dans ses deux formules : celle en Képi–Kaki et celle en tenue de ville. Les gains qu’apporterait une suppression pure et simple du service militaire sont énormes. Le jeune se sentira vraiment adulte, sécurisé et responsabilisé, placé sur les rails d’un avenir déjà difficile à construire, mais à la recherche duquel l’Etat contribuera activement. Aux lieu et place d’un attachement à une tradition dépassée qui déconcentre le jeune, le stresse et le met en boule vis-à-vis des pouvoirs publics. |